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Regard plus loin·Équipe Coop SBDL

Quand aller chercher du lait n’est plus un projet.

À Stoke, après dix ans sans épicerie accessible, des citoyens ont rouvert un commerce ensemble. Une histoire de désert alimentaire — et de liens qui le comblent.

La Coopérative de Stoke : commerce de proximité qui comble un vide laissé par la fermeture des commerces.
Photo : Catherine Lefebvre, collaboration spéciale / La Pressevoir l’article original · La Presse

À Stoke, pendant une dizaine d’années, aller chercher du lait n’était pas une course rapide. C’était un projet. Les commerces du centre avaient disparu. Il restait un magasin hors du noyau villageois — inaccessible à pied. Pour beaucoup, le quotidien passait par la voiture, ou par le manque.

Lucie Gendron, directrice générale de la Coopérative de Stoke, le dit sans détour : on avait eu un restaurant, deux dépanneurs, même une caisse populaire. Puis le vide. Un terrain avait été acheté au cœur du village, dans l’espoir d’y rebâtir quelque chose. Le dossier stagnait.

En 2022, ils ont tout recommencé. Partenaires, institutions financières, conseils auprès de la CDRQ. C’est un partenariat avec Marché Express qui a permis à la coop d’ouvrir enfin ses portes, en décembre 2023. Aujourd’hui, plus de 500 citoyens en sont membres. La construction a coûté environ 2,4 millions — membres, subventions, alliance commerciale.

Ce n’est pas une histoire isolée. Au Québec, des dizaines de coopératives d’alimentation tiennent des points de vente, souvent affiliés à une enseigne, souvent nés là où l’offre manquait. Hélène Francœur, de la Fédération des Coops d’alimentation du Québec, le rappelle : ces lieux répondent d’abord à un besoin essentiel — l’accès à l’alimentation. Puis, avec le temps, ils deviennent autre chose : des ancrages. Gérés par des gens du milieu, qui écoutent, qui adaptent.

À Stoke, ça se voit dans les détails. On a commencé à vendre du café soluble parce que les travailleurs agricoles étrangers de la région en avaient l’habitude. La gérante connaît sa clientèle. Elle prend le temps. Les produits des producteurs d’à côté occupent une place réelle sur les étals — miel, viandes, et bientôt prêt-à-manger, marché agricole, même un camion de pain.

La rentabilité, elle, n’est pas magique. Les paniers tournent autour de 25 $. Il faudrait un peu plus pour solidifier le modèle. Lucie Gendron reste claire : il faut travailler fort. On va y arriver — on est encore une jeune coop.

Un professeur de l’Université Laval le dit autrement : l’avantage principal d’une coop alimentaire, ce n’est pas toujours le prix du panier. C’est le modèle collectif. Les retombées qui restent dans le village. Les ristournes, parfois. Mais surtout : un commerce qui ne dépend plus d’une seule paire d’épaules, ni d’un propriétaire ailleurs.

À Sainte-Brigitte-de-Laval, le portrait n’est pas celui d’un désert alimentaire. On a déjà des commerces, des producteurs, des organismes, des gens qui s’arrêtent pour jaser. Ce que Stoke montre, ce n’est pas qu’il faut tout recommencer de zéro. C’est qu’un besoin du quotidien — le lait, le pain, un lieu où l’on se croise — peut être porté à plusieurs quand le vide menace, ou quand on veut simplement que ça dure.

Coop SBDL n’existe pas pour remplacer ce qui marche déjà. Elle existe pour ouvrir un espace où les besoins d’ici peuvent se nommer, se rejoindre, et parfois devenir un projet tenu ensemble. Ailleurs, une coop a remis le lait au centre du village. Ici, la prochaine histoire pourrait aussi commencer par quelque chose d’aussi simple — et d’aussi vital.